Films vus en 2018

Kursk de Thomas Vinterberg avec Matthias Shoenaerts, Léa Seydoux, Colin Firth ... Vu le 13/11/2018 

Kursk nous raconte la tragédie survenue le 12 août 2000 lorsque le sous-marin nucléaire soviétique Koursk fit naufrage au cours d'un exercice en mer de Barents de la flotte du Nord destiné à impressionner par son ampleur l'occident et les tentatives pour sauver les 23 marins qui avaient survécu à l'explosion réfugiés à l'arrière du bâtiment.

Raconter un drame dont tout le monde connaît l'issue est un exercice difficile, Thomas Vinterberg s'en tire honorablement en adoptant quatre points de vue.
Le premier c'est de décrire la vie difficile des sous-mariniers et de leurs familles avant d'embarquer, une communauté très soudée et chaleureuse qu'on découvre au cours d'un mariage et qui va donner aux épouses la force d'affronter l'Etat major russe pour lui demander des explications.
Le deuxième c'est évidemment la suite des incidents à bord qui conduit au naufrage du Koursk, la dramatique lutte des survivants contre l'eau qui envahit tout, le scénario s'écarte alors de la réalité et propose une trame romancée de leurs derniers instants.

Le troisième c'est celui de l'Etat major et des politiques qui vont au nom des secrets militaires et pour masquer les défaillances de leurs systèmes de sauvetage, travestir la réalité et refuser l'aide internationale pendant 7 jours jusqu'à cette phrase terrible de l'amiral russe dans le film, "Vous n'avez rien entendu, alors à l'aube demain faites intervenir les britanniques et norvégiens...". . Le quatrième, qui m'a bien plu, ce sont les différents sentiments qu'expriment les yeux du jeune fils de Mikhail et Tania (Matthias Shoenaerts et Léa Seydoux), l'angoisse, le doute, l'incompréhension, le mépris qui culmine dans la scène de l'enterrement des marins (115 morts - 71 enfants ont perdu leur père).

Le film suit les conclusions actuelles du drame, l'explosion interne d'une torpille et non une collision avec un sous-marin américain comme l'ont avancé les Russes, il laisse entendre aussi que les marins auraient pu être sauvés par l'appel immédiat à la coopération internationale alors qu'il est avéré qu'ils ont survécu au mieux 7 heures après le drame. 

Un film intéressant et assez prenant mais loin du chef d'oeuvre.




First Man - le premier homme sur la lune de Damien Chazelle avec Ryan Gosling, Claire Foy  ... Vu le 23/10/2018 

Encore une réussite du jeune réalisateur franco-américain Damien Chazelle* pour moi due au fait qu'il s'intéresse davantage à l'homme Neil Amstrong qu'à la formidable aventure d'aller sur la lune, il fallait en effet un homme exceptionnel pour réaliser ce que la planète entière a retenu, le premier pas d'un homme sur la lune le 21 juillet 1969.
Les premières minutes où l'on voit Neil Amstrong ingénieur-pilote d'essai aux commandes d'un avion fusée malmené par les soubressauts  annoncent aussi les soubressauts de son existence, la perte de sa fille enfant, la perte de ses amis et collègues au cours des missions et qui vont lui forger un caractère à toute épreuve. Parallèlement aux séquences d'entraînement, des premières missions Gemini et Apollo c'est bien l'intime de cet homme taiseux plongé dans ses fiches techniques qui est aussi un mari et un père que nous propose Damien Chazelle. Sa relation avec sa femme Janet (Claire Foy, excellente) qui accepte mais difficilement le destin d'un homme qu'elle croyait lui réserver une existence calme forme un contrepoint qui culmine dans la scène de départ pour la fameuse mission Apollo 11. D'ailleurs on apprend qu'il était tellement probable qu'ils ne reviendraient pas qu'un discours avait été rédigé pour le Président Nixon...Chazelle n'hésite pas non plus à intégrer les questions que se pose la population sur le coût astronomique (c'est le cas de le dire !!!) de cette aventure spatiale et presque 50 ans plus tard on peut aussi se demander ce que  ce "pas de géant pour l'humanité" a vraiment apporté...C'est sans doute ce que veut aussi nous suggérer la séquence finale muette...On est loin du triomphalisme et même Neil Amstrong (incarné parfaitement par Ryan Gosling) n'a pas l'air d'un héros.

Un film que l'on recommande bien sûr également pour les superbes séquences de décollage dans les capsules, dans l'espace ou sur la lune.

 

* De Damien Chazelle et dans un registre très différent nous avons vu et apprécié "La La Land" déjà avec Ryan Gosling

L'ombre d'Emily de Paul Feig avec Anna Kendrick, Blake Lively  ... Vu le 09/10/2018 

Humour et thriller au programme, un cocktail pas totalement convainquant.
Stéphanie Ward (Anna Kendrick) et Emily Nelson (Blake Lively)  deviennent amies au travers de leurs fils qui fréquentent la même école, un rapprochement a priori impossible tant leurs personnalités sont complètement opposées, leur première rencontre est un grand moment de cinéma.
Stéphanie veuve coincée anime un blog destiné aux mères de familles avec recettes et conseils, Emily c'est la riche et élégante femme fatale, de surcroit dotée d'un superbe mari (Henry Golding). Pour rendre service à Emily Stéphanie accepte de prendre chez elle son fils...mais Emily disparaît...Stéphanie se mue alors en enquêtrice pour retrouver son amie et fait de surprenantes découvertes concernant Emily et son mari dont elle se rapproche pour l'aider...surtout après avoir retrouvé le cadavre d'Emily dans un lac.

De scènes en scènes on comprend qu'il y a sans doute une vaste arnaque à la base de cette mystérieuse disparition et  la Stéphanie un peu coincée et facile à manipuler se révèle plus volontaire et passionnée qu'au début.

Le film vaut surtout par le jeu des deux actrices, très convaincantes chacune dans son personnage, Blake Lively apportant une note de charme glamour indéniable.
On va de surprises en surprises mais certaines sont prévisibles et rendent le côté thriller moins passionnant.

Mademoiselle de Joncquières d'Emmanuel Mouret avec Cécile de France, Edouard Baer, Alice Isaaz ... Vu le 18/09/2018 

Derrière le vernis du raffinement à la française du XVIIIème siècle dans la noblesse,  la peinture du désir, du besoin de conquête, la recherche du grand amour mais aussi la tromperie, la soif de vengeance de l'être trahi et humilié, des thèmes intemporels et d'actualité. Les dialogues ciselés dans cette langue du siècle des lumières séduisent, après toutefois un court temps d'adaptation, d'autant plus qu'ils contribuent à la beauté des paysages et des intérieurs aux décors soignés et photographiés avec beaucoup de goût.

Madame de la Pommeraye (Cécile de France), une comtesse riche, jeune et veuve s'abandonne après une cour de plusieurs mois (on est bien loin du "faut-il coucher dès le premier soir" !!!) dans les bras du marquis des Arcis (Edouard Baer), libertin notoire. Cette liaison passionnée va durer quelques années et le marquis finit pas se lasser et propose à la comtesse de rester bons amis....Humiliée cette dernière échafaude un plan machiavélique utilisant la jeune mademoiselle de la Joncquières (Alice Isaaz), une beauté au visage raphaélique mais au passé trouble (le piège de la pureté apparente aux yeux d'un dandy libertin),  pour pousser le marquis à un mariage qui va le faire déchoir aux yeux du monde.  Film aux accents féministes comme l'exprime la comtesse : « Si aucune âme juste ne tente de corriger les hommes, comment espérer une meilleure société ? », il se laisse voir avec plaisir ne serait-ce que pour les acteurs dont Cécile de France toute en grace et distinction cachant sa détermination farouche et Edouard Baer en dandy décontracté qui s'englue dans le piège tendu...

The Guilty de Gustav Möller avec Jakob Cedergren ... Vu le 28/08/2018 

Un huis clos surprenant.
Un policier danois, Asger Holm,  a été muté, en attendant de passer devant le tribunal, au centre d'appels d'urgences, le 112. Il s'efforce de venir en aide aux personnes qui téléphonent mais reçoit un appel étrange d'une dénommée Iben dont les propos hachés lui font comprendre qu'il s'agit d'un enlèvement par son ex-mari et la communication est brutalement coupée.

Asger va s'impliquer en mobilisant avec difficulté et persévérance différents services de police et ce avec la seule aide du téléphone pour localiser la voiture et la famille d'Iben, une recherche qui le renvoie à ses propres problèmes professionnels et personnels.
Ce qui est étonnant c'est que nous sommes avec Asger dans le centre d'appel pendant tout le film, nous sommes d'ailleurs Asger, impatients, frustrés quand la communication se coupe, déroutés par les propos qui dévoilent une histoire glaçante car tout ce qui se passe à l'extérieur passe par la bande son. Unité de lieu, de temps et on pourrait dire aussi de personnage car les collègues du centre d'appel ne sont que des figurants...

Le scénario est très remarquable, bravo au réalisateur danois dont c'est le premier film.  La performance de Jakob Cedergren est tout aussi rermarquable de réussir à nous faire partager toutes ses émotions pendant les 80 minutes où se déroule l'action.

Un thriller étonnant loin des effets spéciaux et courses de voitures habituels dans ce genre et qui pourtant tient en haleine.
A voir.

Une valse dans les allées de Thomas Stuber avec Sandra Hüller, Franz Rogowski, Peter Kurth... Vu  en VO le 21/08/2018 

La valse dans les allées c'est celle des chariots élévateurs qui tournent au son d'une valse de Strauss dans les allées d'un grand hypermarché pilotés par les magasiniers de jour comme de nuit. Christian (Franz Rogowski) nouvellement embauché est sous les ordres de Bruno (Peter Kurth) pour alimenter continuellement le rayon boissons qui voisine avec celui des confiseries où se trouve Marion (Sandra Hüller). Bluette sentimentale ? Pas du tout même si Christian et Marion sont attirés l'un par l'autre. Le thème principal est la condition des ouvriers au moment de la réunification des deux Allemagne, le vide de leur existence en dehors du travail et la nostalgie du passé de la république démocratique face à la toute puissance d'une puissance financière qui n'apparaît pas mais qui régule voir asservit la vie des ouvriers. On sort déçu et ce n'est qu'après que l'on se rend compte que l'on est passé à côté de la peinture glauque d'existences glauques dans un univers d'allées sans âme et où seules les pauses permettent un peu d'échanges et un semblant de convivialité entre magasiniers...Une critique finalement assez subtile mais forte de la société de consommation et de ses temples, les hypermarchés.

Le film très bien construit et sans doute volontairement très sobre de la part du réalisateur où les regards et les silences expriment les sentiments mais il manque cependant de séquences un peu plus choc pour susciter une adhésion totale...

My Lady de Richard Eyre avec Emma Thompson, Stanley Tucci, Fionn Whitehead... Vu  le 07/08/2018 

Un film poignant et intéressant qui tourne autour de la décision que doit rendre une juge de la Haute cour britannique concernant la transfusion sanguine qui pourrait sauver un jeune garçon de sa leucémie, transfusion qui est refusée par lui-même et ses parents car ils sont Témoins de jéhovah.

Qu'est-ce qui doit primer, la vie avec une transfusion imposée par la loi ou la conviction réligieuse qui conduira à une mort atroce ?
Emma Thompson campe cette juge, My Lady, qui après avoir écouté les plaidoiries se rend à l'hôpital où se trouve le jeune Adam Henry (Fionn Whitehead). Elle cherche à  se faire une opinion avant d'appliquer la loi, le Chidren Act de 1989 "qui accorde une place centrale à la notion de l'intérêt supérieur de l'enfant".

Cette rencontre va se révéler décisive dans la sentence que prend la juge.
Par la suite My Lady va subir l'insistance d'Adam d'une relation troublante, elle qui d'une certaine façon lui a redonné vie alors qu'elle est plongée dans un fiasco sentimental et au bord du divorce avec son mari, Jack ( Stanley Tucci).

Emma Thompson est surprenante tant dans ses fermes et cassantes convictions que dans ses troubles et son désarroi face au vide de son existence en dehors du travail.

Quelques rapides recherches montrent qu'en France un médecin peut transfuser un patient qui le refuse à condition que  le pronostique vital du patient soit en jeu et qu'aucune autre thérapeutique que celle envisagée n'existe, que les actes accomplis soient indispensables à sa survie et que ces actes soient proportionnés à son état. Par ailleurs un praticien qui a obéi à la volonté des parents et/ou du patient ne peut être poursuivi pour faute.

 

Un beau film à voir non seulement pour l'interprétation magistrale d'Emma Thompson mais aussi pour toutes les questions que pose le facteur humain dans l'application de la loi et les conséquences qui en résultent.

Fleuve noir d' Erick Zonka avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain, Elodie Bouchez, Charles Berling... Vu  le 24/07/2018 

Une plongée dans un univers noir, voire glauque  c'est ce que propose Erick Zonka dans "Le fleuve noir" , est-ce réussi ?

Oui dans l'ensemble mais pas totalement...
L'histoire est apparemment simple, un jeune garçon de 16 ans Dany a disparu sans laisser de traces et sa mère Solange (Sandrine Kiberlain)  désespérée et mère également d'une fille handicapée,  contacte le commandant de police François Visconti (Vincent Cassel), alccolique, divorcé et qui a des problèmes lui-même avec son fils embringué dans un trafic de drogue.  François par empathie cherche à l'aider et rencontre un professeur de français et voisin qui lui donnait des cours, Yann Delaile (Romain Duris),  c'est d'ailleurs la partie la plus intéressante du film que ces face à face ou devrai-je dire affrontements verbaux et même physiques  entre les deux hommes.

Le retour du père de Dany, un marin, va faire évoluer rapidement l'enquête et on découvre jusqu'où peut aussi aller un écrivain raté pour mettre en scène son futur roman...Des deux protagonistes, Vincent Duris est le plus crédible, Vincent Cassel qui après Gauguin joue des personnages usés et cassés joue juste dans sa composition du vieux policier aigri et désabusé mais surjoue dans certaines scènes comme celles des disputes avec son fils....Si les éléments d'un polar noir sont présents, disparition,  drogue, alcool, abus sexuels, prostitution... si les acteurs sont bons et fidèles à leur réputation, il manque le souffle dramatique qui aurait pu en faire une réussite en dépit des révélations finales...

 

La mauvaise réputation d' Iram Haq  avec Maria Mozhdah, Adil Hussain... Vu  le 26/06/2018 en VO

Le choc des cultures ou comment une adolescente,  fille de réfugiés pakistanais en Norvège peut concilier la liberté à la norvégienne et les traditions à la pakistanaise sans provoquer cette mauvaise réputation,  source de déshonneur pour toute sa famille. Nisha, jeune fille de 16 ans jongle avec cette double vie jusqu'au soir où son père la trouve avec son petit ami dans sa chambre...Suprème déshonneur pour la famille et bien que ce soit sa fille chérie, le père finit par la kidnapper et la reconduire au Pakistan. Nisha va, après une phase de révolte essayer de s'adapter mais un double évènement terrible, révélateur de la condition féminine dans certaines sociétés et des extrémités auxquelles un père peut aller pour laver la souillure de la famille  va provoquer son retour en Norvège où sa mère pour lutter contre le "qu'en dira t'on" veut la marier contre son gré... Bien sûr on reste frappé par cette magistrale description de ces cultures et du problème finalement beaucoup plus général de la liberté de la femme à vivre selon son choix dans nos sociétés car le déshonneur peut aussi jaillir dans une famille par une vidéo postée sur internet ou des accusations vite divulguées dans les médias...Le film a des accents de grande sincérité car il retrace en partie la vie de la réalisatrice et a un grand mérite celui de ne pas porter de jugement de valeur mais pose le problème plus général de la peur du regard que les autres posent sur nous et en corrolaire du conformisme que cela induit rejetant toute transgression.

Un très grand film...

Ocean's 8 de Gary Ross avec Sandra Bullock, Cate Blanchett, Helena Bonham Carter, Rihanna... Vu  le 19/06/2018

Vous cherchez un film de divertissement avec du luxe comme les diamants de Cartier, du chic comme des robes haute couture, de l'action avec un casse magistral, des personnages glamour avec les superbes actrices, alors ce film Ocean'8 est fait pour vous.

Ocean's 8, c'est l'histoire connue de la belle mécanique d'un casse réussi avec une importante différence, ici, les braqueuses ne sont que des femmes.  D'ailleurs la première partie où se rassemblent les femmes qui vont former le gang autour de Debbie (Sandra Bullock)  la soeur de  Danny Ocean, le héros des films précédents, est intéressante. Le casse lui-même d'un collier estimé à 150 millions de dollars et qui utilise toutes les nouvelles techniques, scanners, hacqueurs, imprimantes 3D, etc...  se laisse voir avec intérêt et recèle toutefois des surprises et de l'humour...

Ce n'est pas le film du siècle, mais c'est un divertissement efficace.

Opération Beyrouth de Brad Anderson avec John Hamm, Rosamund Pike... Vu  le 05/06/2018

N'ayant pas le temps de rédiger un compte rendu d'un film qui à part les aspects historiques de la guerre au Liban ne m'a pas vraiment passionné je mets ici le compte rendu des "Chroniques de Cliffhanger" sur internet qui correspond à ce que j'ai ressenti de ce film.

SYNOPSIS: Beyrouth, 1972. Diplomate américain, Mason Skiles organise une réception, en présence de sa femme et de Karim, orphelin libanais de 13 ans que le couple espère adopter. Mais le cocktail est perturbé par l’arrivée du meilleur ami de Mason, l’agent de la CIA Cal Riley, porteur de nouvelles inquiétantes concernant Karim. Quelques secondes plus tard, des terroristes font irruption et ouvrent le feu sur les convives. Les conséquences sont terribles. Dix ans plus tard, Mason a sombré dans l’alcool. Vivant désormais à Boston, il intervient comme médiateur dans les conflits au sein de l’entreprise. Jusqu’au jour où il est abordé par un inconnu qui, à la demande d' »amis » communs, lui remet un passeport et un billet d’avion pour qu’il se rende le plus tôt possible à Beyrouth. D’abord réticent, il débarque dans une ville ravagée par la guerre qu’il ne reconnaît plus. Il comprend alors pourquoi on l’a fait venir : des terroristes ont kidnappé un agent de la CIA et il est censé négocier sa libération contre celle du djihadiste Abu Rajal, détenu par la police secrète israélienne. Avec l’aide de Sandy Crowder, elle-même membre de la CIA, Mason prend conscience que chaque force en présence – Tsahal, le gouvernement américain, l’OLP – cherche à servir ses propres intérêts. À qui peut-il encore faire confiance dans un monde où la vérité n’émerge que lorsqu’elle est rentable ?

Les thrillers d’espionnage ont la vie dure ces temps-ci, l’actualité contemporaine dépassant souvent la fiction la plus folle ce qui donne à Opération Beyrouth un charme rétro indéniable puisqu’il se situe dans la capitale libanaise en pleine guerre civile à quelques semaines de l’invasion israélienne en 1982. Quand un agent américain, Cal Riley (Mark Pellegrino) est pris en otage, Mason Skiles (Jon Hamm), ancien diplomate américain à Beyrouth, devenu médiateur des conflits de travail à Boston, qui passe son temps dans les bars tentant de noyer dans l’alcool les souvenirs de ce qui lui est arrivé  une décennie auparavant – Mason et sa femme Nadia (Leila Bekhti) avaient accueilli Karim (Yoav Sadian Rosenberg), 13 ans, un réfugié palestinien orphelin sans se douter  que son frère aîné, Abu Rajal (Hicham Ouraqa), était un terroriste qui tua Nadia dans un assaut mené pour récupérer son frère – est rappelé dans la ville pour négocier la libération de l’otage, son meilleur ami à l’époque

.Des Bourne à Michael Clayton le scénariste Tony Gilroy est un habitué des intrigues complexes mêlant des barbouzes et des personnages tourmentés. Rédigé en 1991 le script d’Opération Beyrouth  est en quelque sorte le prototype de son œuvre. Il brode une intrigue solide qui utilise le contexte politique complexe de l’époque, qu’il parvient à restituer assez clairement, comme toile de fond à des enjeux plus humains. On y retrouve son écriture laconique et son  sens aigu des personnages et des dialogues. Traité comme un thriller, où pris dans les machinations du Mossad, de la CIA, des ravisseurs et de l’OLP  Skilestente de garder une longueur d’avance avec l’aide de Sandy Crowder (Rosamund Pike), Opération Beyrouth repose moins sur des événements politiques libanais spécifiques que sur des idées plus universelles sur la trahison ou la loyauté. Brad Anderson (the Machinist), qui dit avoir été inspiré de films comme L’Année de tous les dangers (Peter Weir 1982), restitue bien l’ambiance de la ville déchirée par la guerre civile même si il se repose sur la lumière jaunâtre qui semble être la palette de référence d’Hollywood pour représenter le  Moyen-Orient, il fait avancer l’intrigue sans en sacrifier la complexité et même si elle nous est parfois familière, l’aborde avec un niveau d’intelligence souvent absent des thrillers récents. Il pèche en revanche à lui donner une énergie et un rythme assez soutenus pour vraiment accrocher le spectateur.

En conclusion Opération Beyrouth en dépit de son intrigue solide, du cadre du Beyrouth en guerre et des bonnes performances de Jon Hamm et Rosamund Pike  a du mal à accrocher le spectateur à cause de son rythme un peu atone.

 

Quelques repères historiques (JPJ)

- En 1948, lors de la guerre israélo-palestinienne à la suite de la naissance de l'État d'Israël, environ 140 000 Palestiniens se sont réfugiés au Liban.

- Après la guerre des Six Jours et l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza par Israël en 1967, puis la terrible répression jordanienne contre les fedayins palestiniens en septembre 1970 — connu sous le nom de Septembre noir —, la résistance palestinienne au Liban devient le foyer du sentiment panarabe et révolutionnaire.

- Les accords du Caire sont signés le 3 novembre 1969, ils consacrent le droit des fedayins à mener, à partir du territoire libanais, des opérations militaires et des attaques dans le cadre de leur lutte nationale armée et tout en respectant, ajoute le texte, la souveraineté de l'État libanais. Cet accord permet aux Palestiniens de s'organiser militairement au Liban et d'y créer — selon leurs adversaires — un véritable État dans l'État. Ce qui explique l'attentat de 1972 relaté dans le film.

- La "Guerre du Liban"  : On peut diviser la guerre civile libanaise en deux grandes phases séparées par l'intervention israélienne de 1982.

De 1975 à 1982, une coalition à dominante maronite, le Front libanais, s'oppose à une coalition « palestino-progressiste » à dominante musulmane dont la principale force armée, l'OLP, est palestinienne. L'intervention israélienne élimine du jeu l'OLP, dont la direction est évacuée vers la Tunisie, tandis que la mort de Bachir Gemayel et d'une partie de son état-major affaiblit le camp chrétien.

La seconde phase (1982-1990) est marquée par l'échec des forces d'interposition occidentales (et notamment le terrible attentat contre l'ambassade américaine d'avril 1983), la montée en puissance des partis chiites, Amal et Hezbollah, le retrait progressif des troupes israéliennes, et enfin par le recours à la Syrie, accepté ou refusé par les différents partis libanais.

 

 

Everybody Knows de Asghar Farhadi  avec Pénélope Cruz, Javier Bardem... Vu  le 22/05/2018

Une famille apparemment unie se rassemble pour une joyeuse fête de mariage, Laura (Pénélope  Cruz), soeur de la mariée, revient tout spécialement d'Argentine avec ses deux enfants, mais sans son mari, dans ce petit village espagnol au milieu des vignes. Beau mariage romantique avec chaude ambiance, beuveries, flamencos endiablés mais au court de la nuit Irène la fille de Laura, disparaît et un message des ravisseurs, appuyé par les coupures de presse d'un enlèvement survenu des années avant et qui s'est mal terminé,  dissuade Laura de contacter la police. Pour retrouver Irène la famille se mobilise ainsi que Paco (Javier Bardem) ex-ami et amant de Laura qui lui a d'ailleurs revendu ses vignes avant de quitter l'Espagne. 

Cette disparition c'est le déclic qui fait surgir toutes les rancoeurs accumulées, les secrets de famille "que tout le monde connaît",  de plus l'argent envenime les rapports car il faut payer une rançon alors que la famille n'a pas d'argent et que Paco, lui, a su faire fructifier les terres achetées à bas prix. Ce qui intéresse le cinéaste, ce n'est pas vraiment qui sont les ravisseurs, ni leurs motivations ni le destin de la jeune Irène, il cherche à sonder les  protagonistes avec leurs peurs, leurs inimitiés, leurs attirances et leurs soupçons d'ailleurs renforcés par un ami policier à la retraite qui estime qu'il y a eu complicité au sein de la famille, pour faire surgir les révélations qui conduisent au dénouement.
Autant j'ai trouvé la première partie jusqu'à l'enlèvement très attachante, rythmée  et surtout bien rendue, autant la partie où le cinéaste décortique les relations tant au sein de la famille qu'entre Laura et Paco m'a paru un peu longue d'autant plus qu'elle n'est pas sous-tendue par l'aspect de thriller qu'aurait pu susciter l'enlèvement. Les derniers plans cependant sont intéressants en ce sens qu'ils laissent entendre que si certains secrets de famille sont révélés, il en est d'autres qui vont rester cachés mais circuler sous le manteau car "tout le monde sait" . Supports d'une histoire future ?

Au total un beau film assez prenant même s'il n'est pas totalement convainquant. 

 

En guerre de Stéphane Brizé  avec Vincent Lindon entouré d'acteurs non professionnels... Vu  le 15/05/2018

Agen, une usine ferme et 1100 ouvriers vont être licenciés, la résistance s'organise autour des syndicats, elle est menée par Laurent Amadeo (Vincent Lindon), porte parole charismatique qui incarne la lutte contre les décideurs, aux résonances locales d'abord, puis nationales et même internationales puisque le PDG du groupe actionnaire de l'usine est allemand.
Dans ce conte  et documentaire social, Stéphane Brizé essaie de décrypter les mécanismes d'un engrenage hélas bien connu dans le monde capitaliste du sacrifice des salariés pour un profit encore meilleur des actionnaires et ce au nom de la concurence et du marché....Il faut avouer que dès les premières images le film prend à la gorge pour ne pas nous lâcher, la caméra de Stéphane Brizé étant si près dans l'action qu'elle en devient même acteur. Un soin particulier a été mis dans les dialogues qui caractérisent les protagonistes, syndicalistes, cadres et technocrates de la direction ou du gouvernement.  Les différentes stratégies dont celle de la division syndicale, du "on vous a compris" d'un gouvernement impuissant et la posture du PDG qui manie l'empathie pour cacher sa fermeté sont bien décrites. Les acteurs non professionnels sont particulièrement crédibles dans leurs rôles de syndicalistes ou de membre de la direction et renforcent cet accent de vérité des réunions syndicales où s'affrontent les jusqu'au-boutistes et les partisans d'un compromis avec chèque à l'appui. Omniprésent, Vincent Lindon écrase la distribution, beaucoup plus que dans le film précédent du duo Brizé-Lindon, La loi du marché, mais c'est un des seuls reproches que l'on peut faire à ce film qui par ailleurs est particulièrement convaincant même si le constat est un constat d'échec, mais la citation de Bertoldt Brecht du début du film : "
Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu."  incite toutefois à ne pas baisser les bras. 
Un bon film.

La forme de l'eau (The Shape of Water)  de Guillermo del Toro  avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins, Octavia Spencer, Michaël Stuhlbarg, Doug Jones... Vu  le 27/02/2018

Le film aurait pu s'appeler "La (presque) belle et la bête" un conte connu revisité par del Toro.

La (presque) belle c'est une femme de ménage (Elisa Esposito - Sally Hawkins) de surcroit muette, le château, c'est un centre de recherche américain dans les années de la guerre froide, la bête c'est un amphibien (Doug Jones) qui sert de sujet de recherche pour les vols dans l'espace du fait de sa capacité à vivre sur terre et sous l'eau que des russes infiltrés veulent subtiliser...Toutefois les codes sont revisités, c'est la (presque) belle Elisa,  qui séduite au premier regard, apprivoise le monstre auquel elle donne à manger les oeufs de son pauvre

 déjeuner et lui apprend le langage des signes.  C'est l'annonce d'une prochaine vivisection qui la pousse à un acte d'amour complètement fou et de ce fait improbable avec l'aide de marginaux, sa collègue affro-américaine Zelda (Octavia Spencer), son collocataire Gilles, gay et dessinateur fantasque, par ailleurs narrateur (Richard Jenkins) et l'appui au départ involontaire, d'un chercheur russe infiltré (Michaël Stuhlbarg). L'action va alors se déplacer du centre de recherche à l'appartement d'Elisa cependant que le chef de la sécurité du centre, paradoxalement impitoyable au travail et bon père de famille (Michaël Shannon) s'efforce de retrouver le commando russe qui a subtilisé la "bête".

Alors qu'est-ce-qui peut séduire dans ce conte improbable ?

La beauté de l'image y est pour beaucoup ainsi que l'atmosphère très bien reconstituée des années 60, avec ses comédies musicales sur télé noir et blanc, dérivatif dans la vie sans relief d'Elisa, une Sally Hawkins à la présence magnétique qui réussit à convaincre de son amour sans parler (une performance) et qui fait preuve d'une grande sensibilité, elle porte le film.

L'arrière plan de guerre froide et d'espionnage d'où découlent les scènes d'action est lui moins convainquant.

Alors on peut aller voir ce conte fantastique pour adultes où la quête d'un amour absolu est capable d'abolir les aspects physiques monstrueux.

Quelques images du film

Récompenses 

Oscars 2018 : Meilleur film - Meilleur réalisateur - Meilleure musique de film - Meilleurs décors

Lion d'or à la Mostra de Venise

3 Billboards - Les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh  avec Frances McDormand, Sam Rockwell, Woody Harrelson... Vu  le 13/02/2018

"Mildred s'en va en guerre", c'est le titre d'une des musiques de ce film qui résume bien tout à la fois le sujet, Mildred par des affiches sur 3 panneaux à l'entrée de la ville d'Ebbing s'attaque à l'inertie de la police après le viol et le meurtre de sa fille mais aussi l'atmosphère, au travers de ses accents de musique de western. Un western dans l'Amérique profonde d'aujourd'hui où la violence, est le mode d'expression le plus courant et qui va se déchaîner après la découverte des accusations sur les 3 panneaux. Un western sur la vengeance mais et c'est le côté intéressant de de ce film sans héros. Chaque personnage, à commencer par Mildred, a ses côtés obscurs. La police locale est cruellement décrite, elle qui  tabasse du "noir" pardon des "gens de couleur", qui pourchasse des petits dealers mais manque de moyens pour de véritables enquêtes. De plus l'un des policiers, Jason (magistralement interprété par Sam Rockwell) est un personnage brut de décoffrage, alcoolique, raciste et toujours sous l'emprise de sa mère,  qui s'identifie à des héros de bandes dessinées où l'on se fait justice soi-même à coup de poing, de bâtons ou en mettant le feu...

Frances McDormand c'est une extraordinaire Mildred qui cache derrière son coup de pub vengeur des remords, ceux d'avoir raté sa vie (elle est séparée de son mari..) et de s'être disputée violemment avec sa fille la poussant à sortir seule ce soir là, alors soif de vengeance ou désir de dépasser son sentiment de culpabilité, au travers de son masque de femme dure on devine ses félures. Woody Harrelson campe un chef de police respecté et plutôt bienveillant mais malade et son cancer évolutif sera un des ressorts de l'action. 

Inutile d'en dire plus, le film est passionnant, superbement interprété et mis en scène avec un scénario convainquant et des dialogues pleins d'humour.

De plus ne manquez pas la musique du début interprétée par la soprano Renée Fleming qui traduit suberbement l'affliction d'une mère après la perte de son enfant.

Un film à voir

Récompenses

Oscars 2018 : Meilleure actrice et meilleur acteur dans un second rôle

Pentagon Papers de Steven Spielberg avec Meryl Streep, Tom Hanks, ... Vu  le 30/01/2018

Ce qui est étonnant avec les américains c'est leur faculté à traiter des côtés sombres de la politique de leur pays dans des films grand public et mettre à mal au passage quelques uns de leurs Présidents :  Kennedy, Jonhson, Nixon notamment mais aussi de grands hommes politiques comme Robert Mc Namara...et dresser en contrepoint une critique de l'actuel Président.

L'histoire est simple.  En 1971, un prototype des "lanceurs d'alerte", Daniel Ellsberg, a réussi à dérober et photocopier un rapport de 7 000 pages sur la guerre du Vietnam demandé par le secrétaire d'Etat, McNamara, (mais resté secret) et qui mentionne les décisions qui ont contribué à prolonger la guerre du Vietnam alors qu'elle était perdue...alors même que les dirigeants affirmaient publiquement qu'ils allaient gagner et continuaient d'envoyer des "boys" au casse pipe. Ellsberg fournit clandestinement certaines pages au New York Times que ce dernier publie, mais un juge leur enjoint de stopper la publication sous peine de poursuites et le New York Times s'exécute. Le journal rival, le Washington Post propriété d'une femme, Katharine Graham (Meryl Streep) et dont le rédacteur en chef est Benjamin Bradlee, (Tom Hanks) réussit à se procurer également le rapport.
Alors, faut-il publier au risque de tout  perdre ?
Pour Benjamin c'est évident, l'information prime, pour Katharine c'est plus compliqué, jusque là elle a été une propriétaire potiche, sous le contrôle d'un conseil d'administration masculin et d'investisseurs (Le Post rentre en bourse) plutôt frileux et comme nous sommes aux Etats Unis, d'avocats encore plus frileux qui voient déjà Katharine en prison. 

Spielberg défend plusieurs points de vue, d'abord celui d'une presse qui n'est plus seulement complaisante avec le pouvoir mais qui doit être "au service des gouvernés et non des gouvernants" et donc avoir le droit de publier les secrets et mensonges d'Etat. On sait les conséquences ultérieures avec le Watergate et aujourd'hui les WikiLeaks...
Il dresse aussi le portrait d'une femme qui va réussir à s'affirmer dans un milieu machiste comme patron de presse bien servi par une très grande actrice, Meryl Streep  et fait une description intéressante du milieu de la presse de l'époque où crépitent les machines à écrire et où l'on court pour transmettre l'information à temps (pas encore de dématérialisation)...Le choix de Tom Hanks commme rédacteur en chef prêt à tout certes mais néanmoins hésitant devant les risques se révèle excellent.
Voilà un film haletant et pourtant tout tient dans les dialogues et les joutes verbales et ne manquez pas la fin...

Un film que l'on recommande vraiment.

In The Fade de Fatih Akin avec Diane Kruger, Numan Acar, ... Vu  le 23/01/2018

Comment réagit-on lorsque son mari et son fils sont les victimes d'un attentat aveugle et raciste et que sa vie en est complètement dévastée, une situation que vivent malheureusement beaucoup de personnes à notre époque ?

C'est ce que cherche à traduire Fatih Akin dans In The Fade en scrutant les réactions de Katja (étonnante Diane Kruger) femme de Nuri et mère de Rocco (5 ans) les victimes d'une bombe artisanale et en s'inspirant d'une période récente de l'histoire allemande où un groupuscule Néo-nazi à commis une série d'assassinats entre 2000 et 2006.  

Le film se déroule en 3 parties.  La première s'attache à décrire la famille Sekerci, une famille multiculturelle lui d'origine turque et elle allemande, une rencontre improbable au départ entre un dealer et une consommatrice, un mariage en prison, une insertion réussie et le drame. La deuxième est centrée sur l'enquête, car Katja réussit avec peine à convaincre la police qu'elle a vu une jeune femme avec un vélo sur les lieux de l'attentat, les policiers étant persuadés d'une vengeance entre trafiquants de drogue,  le procès qui s'en suit après l'arrestation d'un jeune couple et les manoeuvres de leur avocat pour aboutir à leur libération. La troisième suit Katja dans sa volonté de se substituer à la justice à ses yeux défaillante et de se venger.

Le film porté par une Diane Kruger qui a bien mérité sa palme de meilleure actrice à Cannes est prenant, chargé d'émotion et même passionnant par instants, on peut lui reprocher sans doute un manque d'explication sur les motivations du jeune couple.
C'est un film à voir notamment pour ce portrait de femme dans la tourmente.

Le titre français In The Fade (dans le dépérissement) est tiré d'une chanson du groupe Queens of the Stone Age dont le chanteur a composé la musique du film. 

Le grand jeu d'Aaron Sorkin avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner ... Vu  le 16/01/2018

Aaron Sorkin pour son premier film en tant que réalisateur s'empare de l'histoire de Molly Bloom, une femme brillante qui a organisé à partir de 2003 des parties de poker clandestines aux enjeux astronomiques où se cotoyaient tout le gratin d'Hollywood et les milliardaires de la finance...Rien ne destinait Molly Bloom a devenir la "Reine du poker clandestin" elle que son père avait conditionné pour devenir championne de ski de bosses et qu'une terrible chûte va contraindre à choisir une autre voie, celle du poker, en devenant l'assistante d'un organisateur de parties, puis avec intelligence, ayant compris les ressorts du système et s'être fait le carnet d'adresses de joueurs nécessaire, en organisant elle-même des parties à Los Angeles puis à New-York. Sorkin fait commenter par Molly elle-même en voix off, son parcours. Comment elle va tout d'abord réussir à s'imposer dans ce milieu très masculin, puis comment elle va se compromettre notamment dans la chute d'un de ses joueurs habituels qui avait monté une pyramide de Ponzi pour rembourser ses dettes de jeu et se retrouver liée avec la maffia russe qui utilise son circuit pour blanchir l'argent. Repérée par le FBI en 2011 elle est arrétée en 2013 et va devoir se trouver un avocat pour la défendre car elle risque gros.
Le film quoique long se laisse voir avec intérêt non seulement par l'organisation des parties (
Suites réservées dans les meilleurs hôtels, belles hôtesses, SMS au dernier moment, mots de passe..), la description de l'addiction de ces joueurs qui mettent comme droit d'entrée sur une table de poker jusqu'à 250 000 dollars et qui peuvent jouer des nuits entières et gagner ou perdre des millions, mais aussi par la performance de Jessica Chastain qui tient tout le film  même si l'avocat, Idis Elba et le père de Molly, Kevin Costner sont aussi très convaincants.  Superbe scène de Molly et son père sur un banc où ce dernier, psychologue, cherche à trouver ce qui a bien pu motiver sa fille à devenir organisatrice de jeu.

On reste toujours frappé par le système judiciaire américain dans lequel si l'on coopère et notamment pour Molly si elle donne les noms des joueurs*, on peut voir sa peine très réduite.

Y-aura t'il une rédemption pour Molly ? 

On a passé un bon moment et on recommande ce film.

 

* Dans son livre, Molly's Game,  Molly Bloom ne donne que les noms des joueurs identifiés par le FBI et condamnés mais on connait par ailleurs les noms d'acteurs qui fréquentaient ses parties, Léonardo Di Caprio, Ben Haffleck... mais aussi de financiers comme Tobey Maguire ou Brad Ruderman (qui a été condamné pour avoir ruiné ses investisseurs)

Tout l'argent du monde de Ridley Scott avec Mark Walberg, Christopher Plummer, Michelle Williams, Romain Duris ... Vu  le 10/01/2018

On ne devient pas l'homme le plus riche du monde en ayant des sentiments, Jean Paul Getty le patron milliardaire à l'époque de la Getty Oil le montre en refusant de payer la rançon de son petit fils Paul, 16 ans,  qui a été kidnappé en 1973 à Rome. La mère de Paul, Abigaïl, divorcée du fils de Jean Paul Getty fait quand même appel à son beau-père pour payer la rançon fixée à 17 millions de dollards.  Elle essuie un refus brutal au motif que si le milliardaire paye pour l'un de ses petits enfants, les 13 autres vont aussi susciter des kindnappings (Jean Paul Getty s'est marié 5 fois). Son avarice est traduite dans le film par la cabine téléphonique payante qu'il avait fait installer dans son château de Sutton palace en Angleterre destinée aux invités. Sa seule concession est de demander à son chef de la sécurité, Flechter,  de retrouver son petit-fils en lien avec les actions que mène sa belle fille désespérée de voir que la police italienne ne fait pas grand chose. Au bout de 5 mois, il faudra l'envoi par la mafia calabraise d'une oreille de Paul pour que le grand-père accepte de payer une rançon réduite à 3 millions de dollards, mais en utilisant toutes les subtilités de déduction des impôts en amérique.

Le film est construit sur l'opposition de l'amour d'une mère pour son fils au pouvoir de l'argent  pour l'argent. Michelle Wiliams en femme volontaire est très convaincante tout comme Christopher Plummer en vieillard qui pense que tout le monde en veut à son (cher) argent et qui préfère investir de façon détournée dans l'art plutôt que payer une rançon.  Bonne prestation de Mark Walberg employé soumis, chef de la sécurité de Jean Paul Getty, qui va finir par se révolter devant l'attitude de son patron et par son courage de lui tenir tête obtenir l'argent de la rançon. Romain Duris joue un des ravisseurs qui est finalement dépassé par les évènements et cherchera une certaine forme de rédemption. Le film sans être un chef d'oeuvre se laisse voir facilement.

 

P.S : Jean Paul Getty III ne s'est jamais remis de son enlèvement à l'âge de 16 ans et après sa libération il sombrera dans l'alcool et la drogue. Un AVC à 25 ans le laissera tétraplégique jusqu'à son décès à 54 ans en 2011.  Il a eu deux enfants.

Dans la dynastie des Getty, son père Paul Getty a épousé Abigaïl Harris, mère de Paul en 1956 et divorcé en 1964. Il se remariera en 1966 avec Talithta Pol (décédée en 1971 d'overdose). Paul Getty, grand collectionneur d'art, neurasthénique et s'adonnant à la drogue, a vécu la fin de sa vie dans une clinique en Angleterre, du fait de ses dons très généreux à la National gallery de Londres il est devenu citoyen britannique. Il est décédé en 2003. La famille Getty a un musée à Los Angeles et son immense villa de Pacifica contient aussi ses trésors d'art antique.

P.S 2 : L'acteur qui avait été engagé pour jouer Jean Paul Getty, Kevin Spacey, à la suite de révélations sur son comportement (affaire Weinstein) a été quelques semaines avant la sortie du film remplacé par Christopher Plummer, toutes les scènes ou Spacey apparaissait ont été retournées.

 

Wonder de Stephen Chbosky avec Julia Roberts, Owen Wilson, Jacob Tremblay, Isabela Vidovic ... Vu  le 03/01/2018
Faire un film qui nous confronte à la "différence" sans tomber dans le pathos...est déjà une réussite.
Auggie, un petit garçon défiguré va affronter pour la première fois à visage découvert les regards des autres en entrant à l'école...Une situation qui provoque immédiatement rejet du "monstre", moqueries, brimades et préjugés "ne le touche pas tu vas attraper la peste"...avant que certains ne dépassent l'apparence rebutante pour découvrir le véritable Auggie, un enfant avec ses peines et ses joies, son intelligence et sa passion pour Stars war.
J'ai apprécié le  montage du film qui nous fait partager les points de vue et réactions non seulement d'Auggie (Jacob Tremblay remarquable), de son père attentionné (Owen Wilson) mais aussi de sa mère, Isabel Puttman (Julia Roberts toujours aussi lumineuse) à la fois hyper-protectrice et aiguillon pour que son fils se confronte au monde autrement que déguisé en cosmonaute. En contrepoint sa soeur Via (Isabela Vidovic touchante) enfermée dans sa coquille et subissant difficilement au sein de sa famille l'attention extrème qui entoure son frère et qui va, elle aussi, aller au delà des différences.  Certes c'est un film américain avec une expression des sentiments qui peut nous paraître un peu excessive et un happy end prévisible, mais il se dégage une grande leçon de tolérance, que ce soit dans ce creuset des sociétés futures qu'est l'école ou dans les rapports humains.

Une bonne surprise en ce début d'année.