Films vus en 2019

Les invisibles  de Louis-Julien Petit avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky, Déborah Lukumuena....Vu le 15/01/2019 

Constat amer, j'ai bien peur qu'après la projection de ce film ce film "Les invisibles" ces femmes SDF continuent hélas à rester invisibles.*

Le parti pris de Louis-Julien Petit est de traiter en comédie un sujet de société, l'extrème dénuement, en espérant peut-être que montrer ces femmes dont la vie se résume en deux sacs portés à bout de bras et qui sont ballotées d'accueil de jour en accueil de nuit quand il y a de la place va avoir un impact positif sur le regard qu'on peut porter sur ces "clochardes" qui ont eu une vie, un travail,  avant la rue.
L'Envol, un foyer d'accueil de jour pour femmes qui y viennent trouver une douche, un café, quelques heures de repos et un peu de chaleur humaine auprès des travailleuses sociales et des bénévoles va fermer au nom de la sacro-sainte rentabilité. Manu (Corinne Masiero) et Audrey (Audrey Lamy) responsables du centre décident de désobéir aux régles et d'acceuillir les femmes de nuit et de leur faire retrouver leur dignité en créant des ateliers thérapeutiques qui leur permettront de retrouver leurs compétences antérieures et de pousser celles qui se cachent derrière des pseudos comme  Lady Di, Brigitte Macron, Edith Piaf ....à retrouver leur identité et ainsi rencontrer de potentiels employeurs.
Mais la désobéissance civile se heurte à l'intransigeance des réglements...

Derrière les répliques et les situations qui font rire la salle on peut toutefois voir la critique de notre système d'aide sociale où l'on crée certes des foyers aseptisés  mais à 50 km du centre ville (exclusion supplémentaire),  où la population se protège en mettant des protections  sur les pas de portes pour empêcher qu'on vienne y dormir, où l'assistante sociale en chef fait dégager le terrain publique des tentes qui ont été implantées et fait fermer l'Envol sans vouloir essayer de comprendre, le règlement c'est le règlement. Parallèlement certes il y a l'humanité des travailleuses sociales ou même celle d'une bénévole qui par sa trop grande implication va mettre en jeu sa vie de famille.
C'est joué avec beaucoup de naturel notamment par ces femmes dont le rôle est inspiré de leur propre vie et qui ont connu la précarité en synergie positive avec les acteurs professionnels. Voilà, ce film montre encore une fois une facette de notre société qui n'est pas bien belle et qui nous arrange si elle continue à rester cachée.

* Une  enquête de l'INSEE en 2012 a indiqué qu'il y avait 140 000 SDF en France dont environ 25% de femmes, depuis il est vraisemblable que ce nombre a augmenté.

Edmond d'Alexis Michalik,  avec Thomas Solivérès, Olivier Gourmet, Tom Leeb, Lucie Boujenah, Mathilde Seignier, Clémentine Célarié, Alice  de Lencquesaing... Vu le 08/01/2019

Un film rare…Alexis Michalik adapte sa pièce à succès au grand écran, une pièce qui éclaire la genèse du grand chef d’œuvre du théâtre français, Cyrano de Bergerac  d’Edmond Rostand*.
Dans le Paris de 1897 où s’affrontent Dreyfusards et Antidreyfusards, pacifistes ou revanchards, traditionalistes et modernistes, un jeune auteur, Edmond Rostand, versificateur particulièrement doué mais démodé et qui vient de connaître un échec cuisant  avec  La princesse lointaine malgré la présence de Sarah Bernhardt, se voit entraîné à écrire une pièce en vers pour l’acteur Coquelin qui veut sauver son théâtre et ce en quelques jours...

Michalik nous entraîne alors dans cette fièvre créatrice d’un théâtre de bric et de broc où l’on répète le 1er acte d’une pièce dont les suivants ne sont pas encore écrits, où décors et costumes sont pitoyables, où les exigences des producteurs et des acteurs menacent de faite capoter la pièce ou d’en faire un four mémorable. L’inspiration, Edmond la trouve au café tenu par Honoré ou en aidant son ami acteur Léo amoureux d’une costumière Jeanne et qu’il va sublimer en Roxane, celle dont Cyrano au visage ingrat affublé d’un grand nez est secrètement amoureux mais qui prête sa voix et sa plume au beau Christian d’où la fameuse scène du balcon et la scène finale de la lettre.

 

Comment ce four annoncé devient un succès fulgurant, c’est ce que retrace le film avec une pléiade d’acteurs tous excellents et qui réussissent également à faire passer tout le « panache » ou  l’émotion que recèlent les principales scènes de la pièce.
Un film à voir et que l’on recommande aussi aux collégiens ou lycéens  pour une approche non rébarbative du théâtre classique. 

 

 La pièce est jouée quatre cents fois de décembre 1897 à mars 1899 et atteint la millième en 1913. 150 000 exemplaires du texte sont rapidement vendus en France et traduits dans de nombreux pays. Pour la seule année 1898, la pièce rapporte une recette de 2 286 000 francs, un chiffre d’affaires jamais atteint par un théâtre. 

Cyrano malgré la difficulté du rôle, 1700 vers à apprendre, a été joué par les plus grands acteurs, Jean Piat, Jacques Weber, et au cinéma par Gérard Depardieu en 1990.

 

Edmond Rostand écrira encore un pièce à succès L'Aiglon avec à nouveau Sarah Bernhardt en 1900. Il décèdera en 1918 à 50 ans sans doute de la grippe espagnole et  sans avoir retrouvé le succès., sa pièce de 1910, Chantecler très attendue n'étant pas à la hauteur des espérances.