Camilla  Läckberg

La sorcière

Réussir à soutenir l'intérêt voire même l'impatience de découvrir la fin dans un pavé de 700 pages est déjà à mettre au crédit de Camilla Läckberg qui nous entraîne comme souvent, dans des histoires imbriquées et celle là intrigue tout de suite. Deux fillettes âgées toutes deux de 4 ans sont assassinées à 30 ans d'intervalle, Stella en 1985 et Néa en 2015 et elles habitaient la même ferme alors coïncidence, tueur en série ou même vengeance ?

Le commissariat de Fjällbacka est sur les dents notamment l'inspecteur Patrik dont la femme Erica vient d'ailleurs de commencer l'écriture d'un ouvrage sur l'assassinat de Stella et les circonstances troubles qui l'entourent. Deux jeunes filles, Marie et Helen, s'étant accusées du crime avant de se rétracter et du fait de leur jeunesse n'ont pas été condamnées. Or coup de théâtre, Marie et Helen sont de nouveau réunies à Fjällbacka...juste au moment du nouveau meurtre. Or dans ses recherches Erica découvre que le policier chargé de l'enquête sur le meurtre de Stella doutait avant sa mort tragique de la culpabilité des jeunes filles.

On suit le déroulement de l'enquête menée par Patrik et ses collègues, entrecoupée de retours sur le meurtre de Stella, car l'arrivée de Marie fait resurgir les mauvais souvenirs enfouis et plus étrange encore de l'histoire d'une veuve, Elin, recueillie avec sa fille par sa soeur Britta et son mari le pasteur Ruben en ce en 1671...

Camilla Läckberg nous immerge dans la violence d'une société suédoise qui se manifeste dès le XVIIème siècle avec une terrifiante chasse aux sorcières et que l'on retrouve dans une difficile acceptation de l'homosexualité, source de secrets de famille qu'il faut cacher et qui vont être le ressort des événements affreux. Elle se manifeste aussi envers les émigrés syriens installés dans un camp à proximité qui essaient bien de s'intégrer mais qui sont immédiatement accusés du meurtre de Néa. Plus encore Camilla Läckberg décrit la violence des  adolescents entre eux et notamment d'un groupe qui brime Jessie et Sam, les enfants de Marie et Helen.  Ces derniers se sont trouvés justemment parce qu'ils sont différents car enfants de meurtrières supposées et de ce fait mal dans leur peau.  Les brimades vont s'accumuler suscitant une haine violente des deux ados envers ceux qui les torturent*... Une haine nourrie par la malédiction lancée par la sorcière....

Le roman est comme une vague de de fond qui aurait pris naissance dans le passé qui enfle et qui dans le dernier tiers de l'ouvrage vous emporte irésistiblement. Un conseil bien lire les premiers chapitres qui campent les personnages  pour s'y retrouver dans les nombreux acteurs, ceux de 1671 mais aussi ceux du meurtre de  Stella puis ceux du meurtre de Néa...et bien sûr Patrik,  Erica, leur famille et les membres du commissariat dont la vie interfère avec l'enquête apportant un côté humain plus positif notamment parce que se prépare (à la suédoise) le remariage de la mère de Patrik...

Un excellent cru.

 

* La montée de cette haine et  ses conséquences est particulièrement bien décrite par Camilla L¨äckberg et fait penser bien évidemment à l'assassinat de 69 jeunes en  Norvège en 2011 par Anders Breivik. C'est aussi le sujet d'une pièce de théâtre magnifique, "Les évènements" de David Greig, pièce que nous avons vu et qui justement essaie de trouver des explications au Pourquoi ?

 

Camilla Läckberg - La sorcière - Actes Sud - 700p - 2017 - 29 euros

 

P.S : J'ai lu aussi d'autres romans de Camilla Läckberg dont "La princesse des glaces" et "L'enfant allemand" et ce avant de commencer à faire des résumés, mais La sorcière me paraît encore plus aboutie. Merci à Coralie pour ce cadeau.